Compte-rendu de la 36ème édition du Colloque Jean-Yves Rivard

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Le 13 février dernier a eu lieu au Centre de recherche du CHUM la 36ème édition du Colloque Jean-Yves-Rivard sur le travail et la gestion professionnelle en mutation. Au cours de cette journée d’étude et de discussion co-organisée par le H-POD, les présentations des différents intervenants – professeurs, professionnels de la santé et des services sociaux, juristes – se sont structurées autour de quatre axes principaux : la responsabilité professionnelle dans un contexte évolutif de pratique, l’intersectorialité et la recomposition des rôles professionnels, les adaptations des professionnels face aux mutations de la société contemporaine (comme la globalisation des pratiques et des professions), et enfin les défis auxquels font face les professionnels (tel le vieillissement accéléré de la population).

En s’inspirant de la synthèse présentée par le professeur Jean-Louis Denis au terme du colloque, retraçons ici certains des enjeux les plus marquants de l’évolution des professions en services sociaux et santé, tels qu’ils ont été problématisés par plusieurs des intervenants du colloque.

Selon Sigmund Freud, dont les propos ont été rapportés par le professeur Yves Couturier, les trois métiers impossibles sont éduquer, soigner et gérer. Ceci signifie que ces trois professions ne parviennent jamais à un niveau d’achèvement définitif ; elles doivent être sans cesse repensées, redéfinies et reconstruites de manière à s’adapter aux problématiques toujours changeantes qui affectent nos sociétés.

Devant cet impératif d’adaptation, deux constats, positif et négatif, peuvent être faits. Aujourd’hui, les systèmes de santé présentent plusieurs rigidités ou pesanteurs (comme l’organisation des médecins en sociétés privées au Canada) qui souvent limitent la capacité des professionnels à développer de nouvelles pratiques cliniques ou organisationnelles (Professeur Patrick Molinari). La collaboration interprofessionnelle, qui est à présent au cœur de nombreuses réformes élaborées par les décideurs publics, est ainsi difficile à mettre en œuvre sur le terrain, du fait du manque d’incitation et de l’absence d’un cadre juridique propice au partage des responsabilités.

Toutefois, les innovations s’appuyant sur le travail collaboratif de plusieurs types d’acteurs existent, et de nombreuses données probantes témoignent de leur efficacité pour améliorer les pratiques entourant la santé. Durant le colloque, Mélissa Tam et Rudy Escoffier nous ont ainsi présenté EMRII, une initiative intersectorielle (associant des agents du SPVM et les personnels du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Ile-de-Montréal) visant à conduire des personnes en itinérance, longtemps désaffiliées des services de santé et aux prises avec des difficultés judiciaires, à regagner confiance dans les institutions sanitaires et accepter le soutien des professionnels qui les incarnent. 

Pour favoriser l’émergence d’innovations, l’enjeu est donc de renforcer l’autonomie réelle des professionnels sur le terrain en leur permettant de prendre l’initiative des transformations. C’est bien ce que la chercheuse post-doctorale Isabelle Ruelland a mis en avant en évoquant l’importance de faciliter l’émergence d’«espaces collectifs d’innovation démocratique» qui permettent la croissance du pouvoir d’agir de l’ensemble des acteurs du système. Si les patients sont maintenant de plus en plus placés au centre des processus d’innovation, les professionnels doivent eux-aussi être associés à la définition et à la mise en œuvre des réformes qui affectent directement ou indirectement leur pratique. Sans cela, de nombreuses frustrations peuvent naître et même conduire à des situations d’épuisement émotionnel chez un nombre grandissant de professionnels (Professeur Denis Chênevert).

Finalement, si l’on veut que les systèmes de santé puissent faire face à des défis considérables et répondent aux exigences de justice et d’équité (rappelées par le professeur Patrick Cloos au sujet de l’accès aux soins des migrants), il est nécessaire qu’une nouvelle approche de la gestion des services sociaux et de santé voie le jour. Tout comme les ressources, les capacités gestionnaires et les responsabilités doivent être mieux réparties entre les acteurs des systèmes, de façon à garantir une approche pluridimensionnelle et pluridisciplinaire des problèmes qui fragilisent actuellement la continuité des pratiques de soin.

De telles transformations exigeront-elles alors la fin de l’auto-régulation des professions, une exception canadienne, ou bien le renforcement du pouvoir réglementaire des ordres professionnels ? Selon la Professeure Tracey Adams, dont la conférence plénière a brillamment clos le colloque, il demeure encore difficile à ce stade de déterminer quelle trajectoire de réforme emprunteront les différentes provinces du Canada. Dans tous les cas, un véritable chamboulement des statuts, compétences et responsabilités est envisageable dans le futur.

This content has been updated on 26 February 2019 at 11 h 25 min.

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